Paquet à 10 euros, réalité pas fatalité

A
A l’heure où je tape cet article, la ministre de la Santé Agnès Buzyn vient d’annoncer pas moins de 6 hausses des prix du tabac pour arriver à 10 euros en 2020. Folie dogmatique. 43% d’augmentation. Je l’ai déjà vécu en tant que département frontalier : le come-back de 2003 en pire. A vous faire regretter Marisol Touraine.

Oui, folie dogmatique. Je ne crois pas avoir entendu un seul buraliste remettre en question le principe d’une politique de santé publique. Intelligente, préventive et avant tout efficace. C’est ce qui manque. On empile les mesures, on amplifie la communication mais pour l’impact sur la consommation réelle de tabac, audience zéro. Le marché parallèle n’entre pas dans les statistiques de l’Inpes, on fait dire ce qu’on veut aux chiffres… A croire que fumer européen, c’est arrêter de Fumer en France. Ça me rappelle un nuage qui se serait arrêté à une frontière…

Oui, folie dogmatique. Comment imaginer l’annonce d’une telle mesure sans plan Marshall pour la profession ? Le gouvernement Macron nous a pourtant habitué au langage de l’entreprise. Nos responsables devraient savoir qu’une entreprise ne s’adapte pas en 6 mois. Non, en 6 mois, elle meurt. Dans notre cas elle laisse des familles brisées et des bourgades dépeuplées de commerce de proximité. Enfin, de commerce tout court vu qu’on est les derniers encore installés. Pourtant on l’aime la proximité, la ruralité… En télé-réalité, dans l’amour est dans le pré.

Bien entendu on s’attendait à la mesure annoncée par le candidat Emmanuel Macron. On était aussi en droit d’attendre une maîtrise des dossiers et une volonté de travailler avec ceux qui allaient être touchés : nous, les buralistes. Rendez-vous manqué. On se retrouvera à Paris le 4 octobre pour manifester dans l’unité syndicale et faire entendre raison aux députés. Leur vote sera lourd d’une responsabilité historique vis-à-vis de notre profession et plus globalement, du commerce de proximité en France.

Si le paquet à 10 euros devient une réalité, il ne doit pas être une fatalité.

Je ne lance pas ça en l’air, nous devons anticiper. Travailler des hypothèses. Négocier. Préparer l’avenir.

  • Travailler des hypothèse et négocier. Le Protocole sur la modernisation doit être revu. Au moins trois aspects doivent être mis sur la table : accompagner les plus fragiles (pas question de laisser des familles brisées sur le côté de la route), disposer d’un amortisseur pour surmonter la crise (rémunération, compensations, hausse de revenus sur nos activités périphériques comme la FDJ, diminution de charges, solutions de financement temporaires…) et renforcer la lutte contre le marché parallèle, notre sécurité et le faire savoir. La peur doit changer de camp, elle doit être chez les trafiquants, pas derrière le comptoir.
  • Préparer notre avenir. La perte de clientèle et l’impact sur les activités annexes sont les plus difficilement mesurables. C’est pourtant là que se joue l’avenir de notre profession. Il faudra que l’Etat soutienne notre réseau par un grand plan de transformation. Il est désormais vital. Je vous proposerais de le construire ensemble, vous avez dû le voir dans mon contrat d’engagements.

Comme tous mes collègues, je raisonne en syndicaliste. Les mois qui viennent vont nous amener à renforcer notre ADN syndical, à défendre nos entreprises et aider ceux qui en auront le plus besoin.

Je raisonne aussi en entrepreneur. Je compte préserver l’affaire familiale que je développe depuis 17 ans, conscient que l’heure n’est plus aux rustines. La période sera dure, très dure mais nous avons résisté à 2003, nous passerons ce choc, quelle que soit son intensité.

Demain, nous serons toujours fiers d’être buralistes. Aujourd’hui, place à la mobilisation !